Luxations sternoclaviculaires : quel est le traitement ?

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Les luxations sternoclaviculaires sont rares, concernent généralement le sujet jeune et résultent le plus souvent de choc violent. Ce sont des lésions méconnues, de diagnostic difficile, et certaines comportent des risques de complications. Il existe trois types de luxation : antérieures, postérieures et supérieures.

articulation-sternoclaviculaire

L’articulation sternoclaviculaire est peu mobile. Elle a des rapports postérieurs avec l’œsophage, la trachée et les vaisseaux cervicaux et sous-claviers expliquent la gravité potentielle d’une luxation postérieure.

Quelles sont les causes des la luxations sternoclaviculaires ?

On les rencontre dans des traumatismes violents lors d’accidents de la voie publique et de sports tels que les sports de contact, le football, le plaquage au rugby, le cyclisme. Le mécanisme du traumatisme est plus souvent indirect, par compression du moignon de l’épaule, ou direct par impaction.

Luxations antérieures : elles surviennent sur une épaule abaissée en rétropulsion recevant un choc d’avant en arrière. Les luxations antérieures ne sont pas difficiles à réduire mais instables.

Luxations postérieures : à l’inverse du mécanisme précédent, lorsque l’épaule est poussée vers l’avant, une luxation postérieure peut survenir. Les luxations postérieures sont stables une fois réduites.

Quels sont les signes et les symptômes d’une luxation sternoclaviculaire ?

Le diagnostic est difficile car l’œdème masque rapidement la déformation, surtout dans les formes postérieures. Il faut rechercher des signes de complications : difficultés à respirer, à avaler, paralysie du membre supérieur, signes généraux de saignement …

Luxation sternoclaviculaire antérieure gauche suite à une chute de vélo. La déformation antérieure est facilement observable.
Luxation sternoclaviculaire antérieure gauche suite à une chute de vélo. La déformation antérieure est facilement observable.

Il existe des douleurs et une déformation. Du fait de l’œdème, l’examen peut s’avérer infructueux pour déterminer le type de luxation (antérieure ou postérieure).

Les luxations postérieures peuvent engendrer une compression des structures postérieures et donc des complications potentiellement graves. Dans les luxations antérieures, la partie médiale de la clavicule peut être proéminente. Cette saillie est plus apparente si le patient se tient assis ou debout. Les douleurs sont moins importantes que dans les luxations postérieures, qui sont plus rares, difficiles à diagnostiquer et dangereuses.

Comment confirmer le diagnostic ?

Les clichés de radiologie standard de l’épaule et du thorax sont peu sensibles et peuvent méconnaitre le diagnostic pour diverses raisons qui altèrent le contraste osseux. L’incidence de Heinig est la plus connue, elle permet de voir un déplacement dans le plan horizontal.

Le scanner est le meilleur examen. Celui ci visualise la luxation, compare les images par rapport au coté sain, détermine la direction de la luxation et enfin en cas de luxation postérieure permet de visualiser les rapports entre la clavicule et les éléments nobles.

Quel est le traitement pour les luxations sternoclaviculaires ?

La réduction par manœuvres externes de la luxation est le traitement de première intention. L’anesthésie générale permet un relâchement musculaire optimal pour faciliter la réduction.

Luxations antérieures : la réduction nécessite une traction sur le bras associée à une pression manuelle appliquée sur l’extrémité médiale de la clavicule. Deux éventualités se présentent :

coude-au-corps• Si l’articulation reste réduite, une immobilisation coude au corps en rotation interne pendant 6 semaines est indiquée pour éviter la récidive, et pour favoriser la cicatrisation.

• Si l’articulation reste instable malgré la réduction, un traitement chirurgical est envisageable, mais il n’est pas recommandé par la plupart des équipes, car une luxation sternoclaviculaire antérieure est souvent bien tolérée sur le plan fonctionnel alors que sa fixation chirurgicale peut engendrer de graves complications.

L’intervention consiste à réparer les ligaments et a associer un cerclage. Le matériel métallique est à éviter si possible, notamment les broches en raison du risque de migration et de complications par perforations d’éléments nobles.

Luxations postérieures : la réduction doit être effectuée dans les 48 premières heures après un examen médical et un bilan radiologique et un scanner. La réduction est réalisée doit toujours se faire au bloc opératoire sous anesthésie générale pour pouvoir parer à une éventuelle complication vasculaire démasquée par la réduction.

La manœuvre consiste à tracter sur le bras en légère abduction et rétropulsion et à tirer sur la clavicule vers l’avant. On peut s’aider d’une pince à travers la peau. Une fois la réduction obtenue, celle ci est souvent stable. L’épaule est immobilisée en rétropulsion par anneaux claviculaires.

Immobilisation d'une luxation postérieure par anneaux claviculaires.
Immobilisation d’une luxation postérieure par anneaux claviculaires.

En cas d’échec ou de luxation vue tardivement, la réduction est chirurgicale en prévoyant dans le champs opératoire un abord possible des gros vaisseaux. La clavicule est réduite et un cerclage souvent associé. Les suites sont les mêmes.

Les luxations sternoclaviculaires postérieures peuvent engendrer des complications graves à tous les stades de leur évolution. De ce fait, elles ne peuvent être tolérées.

3 COMMENTAIRES

  1. Merci Dr BENOKBA pour ce blog très enrichissant.. Il faut surtout ne pas méconnaître le décollement epiphysaire de l’extrémité médiale de la clavicule chez le sujet jeune car cette lésion n’est pas connue par la plupart des chirurgiens et sur le plan clinique elle mime la luxation SC alors que le traitement diffère.

    • Moi même j’en ai pas vu donc je vous remercie à mon tour pour ce rappel pertinent. Pouvez-vous nous en parler un peu plus ? sur la prise en charge.

  2. Merci.. Comme vous le savez il s’agit d’un traumatisme du cartilage de conjugaison. Il en existe deux variétés : déplacement antérieur du bloc metphyso – diaphysaire qui est moins grave avec risque cutané et déplacement post plus grave avec risque de compression vasculaire( surtout artères et veine sous clavière) compression viscérale (trachée et œsophage).. Le diagnostic est basé sur la TDM Le traitement est souvent chirurgical après réduction sanglante une fixation par broches(à éviter car risque de migration mortelle parfois) ou fil d’acier ou fil on resorbable (technique de choix)… Suivi d’un mayoclinic pour4 semaines. Je peut fournir le cas échéant des articles sur le sujet, mon mémoire était sur le même sujet et a été récemment publié sur le PanAfrican Journal of Medecine.

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