L’hallux valgus ou « oignon »

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Dr. Neal Blitz / www.BunionSurgeryNY.com

Du latin « hallux » (gros orteil) et « valgus » (tourné en dehors), l’hallux valgus est une pathologie du pied aussi douloureuse que répandue qui touche surtout les femmes à partir de la quarantaine. Cette déformation trouve son origine dans une instabilité de l’articulation entre le premier métatarsien et le gros orteil.

Elle s’accompagne de douleurs aiguës et est invalidante pour de la marche. Une intervention chirurgicale peut rapidement faire disparaître cette gêne en corrigeant la déformation et l’instabilité.

Comme sa traduction du latin l’indique, l’hallux valgus voit l’axe du gros orteil se dévier vers l’extérieur. Avec cette déformation, se crée à l’intérieur du pied une bosse (« l’oignon ») située à la jonction du premier métatarsien (os long situé entre les os postérieurs du pied et les phalanges des orteils) et de la première phalange de l’orteil.

Outre l’apparition d’une douleur due à une inflammation par frottement contre la chaussure, l’hallux valgus entraîne une instabilité progressive de la première articulation métatarso-phalangienne. Le gros orteil n’est en effet plus en mesure de jouer son rôle habituel lors de la marche. La déviation de l’orteil a tendance à s’aggraver à mesure que son travail se reporte sur les orteils d’à coté. Des douleurs, apparaissent sur le bord interne du pied, au niveau de la voute plantaire avant de se prolonger sur le deuxième orteil. Dans les formes les plus avancées, les autres orteils se recroquevillent en griffes rendant la marche de plus en plus douloureuse et difficile.

Qui peut être atteint et pourquoi ?

L’Hallux valgus est une pathologie fréquente (5% à 10% de la population française) qui touche essentiellement les femmes même si les hommes peuvent en être également atteints (1 homme pour 30 à 40 femmes).

Dans une minorité de cas, il est dû à une malformation congénitale. Il apparaît chez la personne jeune, parfois dès l’adolescence ou vers 30-40 ans et s’aggrave rapidement. L’intervention chirurgicale est alors nécessaire.

Dans leur très grande majorité des cas, les hallux valgus surviennent après 40-50 ans et sont dus à la conjonction de facteurs anatomiques héréditaires (avant-pied large, gros orteil long) et culturels (port de chaussures étroites et de talons hauts qui compriment l’avant-pied).

Jupiterimages/Stockbyte/Getty Images
Jupiterimages/Stockbyte/Getty Images

En effet de nombreuses chaussures féminines d’aujourd’hui ont souvent le défaut de comprimer les pieds. Comme une main insérée dans une moufle trop petite, le pied enfermé dans un volume trop resserré ne peut plus bouger. Les muscles s’atrophient, contribuant peu à peu à l’instabilité de l’avant-pied. Enfin, les changements hormonaux provoqués par la ménopause puis le vieillissement des tissus dû à l’âge, entraînent le relâchement des structures fibreuses favorisant l’élargissement de l’avant-pied, sont également des facteurs favorisant l’apparition de l’hallux valgus.

Quelles chaussures choisir pour éviter un hallux valgus ?

Il suffit d’observer son pied nu posé sur le sol pour constater que les orteils ne se touchent pas. Dans la mesure du possible, il est conseillé de choisir un chaussage large qui ne comprime pas les orteils les uns contre les autres. Pour cette raison, les chaussures pointues et les talons hauts sont déconseillés, tout au moins si elles sont portées régulièrement et sur une période prolongée.

Quel est le traitement d’un hallux valgus ?

Dès que les premières douleurs apparaissent sur le bord interne du gros orteil, le patient doit changer de chaussures pour que son pied soit plus à son aise. Ce simple geste permet souvent de stopper l’évolution de l’hallux valgus et de retarder voire d’éviter l’apparition de l’instabilité. L’efficacité des semelles orthopédiques et des petites orthèses à ce stade est aléatoire et très peu d’études scientifiques de niveau 1 démontrent leurs actions bénéfiques.

Si les douleurs persistent, il est préférable d’aller consulter un généraliste ou un rhumatologue qui orientera éventuellement le patient vers un chirurgien orthopédiste spécialiste du pied en vue d’une éventuelle intervention chirurgicale. Celle-ci s’avère nécessaire quand l’instabilité survient et que la douleur se propage sous le deuxième orteil. Mais en aucun cas, elle ne sera réalisée à des fins préventives pour corriger une simple déformation non douloureuse.

En quoi consiste l’intervention chirurgicale ?

L’objectif de l’intervention est de restabiliser l’articulation entre le premier métatarsien et la première phalange du gros orteil afin de réaligner celui-ci et de lui redonner de la force de propulsion. Deux types d’interventions existent.

– Les premières, de moins en moins pratiquées, concernent les muscles, les tendons et les capsules articulaires du pied. Elles s’adressent aux patients dont les pieds ont conservé une certaine souplesse et qui présentent une déformation encore modérée.

– Les secondes, appelées ostéotomies, consistent à couper un fragment d’os pour remettre l’os dans le bon axe. Les chirurgiens font appel pour cela à des techniques diverses nécessitant ou non la pose de matériels de fixation (broches, vis, agrafes).

Le plus souvent, l’intervention est réalisée sous anesthésie locorégionale. Elle est réalisée le plus souvent en mode ambulatoire, parfois avec une courte hospitalisation de 24 à 72 heures si l’établissement de soins ne dispose pas de l’organisation et des moyens indispensables à l’ambulatoire. Sa durée varie de 30 à 45 minutes selon la complexité de l’opération et la technique utilisée.

Percutané ou chirurgie ouverte ?

Depuis quelques années, le percutané (intervention guidée par caméra et réalisée à l’aide de toutes petites incisions) a fait son apparition dans la chirurgie de l’hallux valgus. Sa pratique exige une longue expérience et une parfaite maîtrise de la chirurgie du pied conventionnelle ainsi qu’une solide formation spécifique.

D’autre part, le choix du percutané ou de la chirurgie ouverte (avec des incisions de plus en plus réduites qui en font une chirurgie de plus en plus mini-invasive) ne doit pas être effectué pour des raisons esthétiques ou autres vantées par certains praticiens peu scrupuleux. S’il dispose de l’équipement nécessaire au percutané, le chirurgien doit retenir la technique qui entraîne le moins de morbidité et qui sera la mieux adaptée à la nature de l’hallux valgus du patient.

Quelles sont les suites post-opératoires ?

Autrefois redoutées à juste titre par les patients, les suites opératoires sont aujourd’hui peu douloureuses. Les patients peuvent remarcher dès le lendemain à l’aide de chaussures spéciales (chaussures « Barouk » déchargeant l’avant-pied) ou de semelles plâtrées pendant une durée de une à trois ou quatre semaines, selon la nature de l’intervention.

Lorsque le patient ne marche pas, il doit maintenir son pied surélevé afin de faciliter le retour sanguin veineux et éviter que le pied ne gonfle. Après trois à cinq semaines, le patient peut remarcher normalement mais le travail en position debout prolongée et la conduite sont déconseillés au début.

Des séances de kinésithérapie peuvent être prescrites pour retrouver la mobilité et faciliter la récupération. En effet, la récupération de la flexion dorsale est essentielle et le patient doit lui même mobiliser son orteils très rapidement.

Une gêne peut persister dans les trois mois suivant l’intervention. Dans la grande majorité des cas, les patients ne ressentent plus de douleur. Toutefois, dans 10% des cas environ, l’intervention ne leur apporte pas tout le confort qu’ils auraient souhaité (notamment lorsque le cartilage est usé en raison d’arthrose) et, plus rarement, elle aggrave les douleurs.

Une reprise de l’opération peut être alors envisagée. Comme tout acte chirurgical, l’intervention sur l’hallux valgus présente des risques (infection, phlébite…) dont votre chirurgien vous informera au préalable.

Article rédigé avec le concours du Docteur Bruno Ferré, chirurgien orthopédiste spécialiste du pied et de la cheville, Président de l’Association Française de Chirurgie du Pied (AFCP) société associée de la SOFCOT.

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