Vitamine D pour tous ? un débat rude chez les scientifiques

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Un débat en Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni.

Une supplémentation en vitamine D a-t-elle un intérêt pour prévenir toute une ribambelle de pathologies comme cela a été suggéré il y a quelques années ? Faut-il en prendre au minimum l’hiver ? Il faut bien avouer qu’aujourd’hui, après avoir été présentée comme la panacée universelle, la vitamine D peine à concrétiser les espoirs suscités.

En s’appuyant sur les dernières méta-analyses qui ne montrent aucune preuve de son bénéfice, que ce soit sur la santé osseuse ou non-osseuse, certains scientifiques prônent le retour au naturel – alimentation et soleil – pour se fournir en vitamine D. D’autres continuent, au contraire, à préconiser de faibles doses pour tous. Quels sont leurs arguments en 2016 ? Le BMJ a donné la parole aux deux camps.

POUR une supplémentation à faible dose en automne et en hiver

Pour le Dr Louis Levy (département de nutrition, Public Health England, Londres), la supplémentation ne fait pas de doute.

Ses principaux arguments sont : primo, les preuves de l’intérêt de la vitamine D sur la santé osseuse, deusio, le fait que 10 µg est la quantité journalière nécessaire pour s’assurer une concentration de 25-hydroxyvitamine D d’au moins 25 nmol/L quand l’exposition solaire est minimale, tertio, il est difficile de garantir cette quantité en tenant compte seulement de l’alimentation.

« Le Public Health England indique que manger de façon saine et équilibrée et prendre le soleil est susceptible de vous assurer une quantité suffisante de vitamine D. Mais en automne et en hiver la source est alors limitée à l’alimentation et tout le monde devrait envisager une supplémentation de 10 µg pendant cette période », écrit-il.

D’autres populations à risque de manquer de vitamine D devraient, quant à elles, se supplémenter toute l’année : c’est le cas des « personnes fragiles, institutionnalisées ou de celles qui portent des vêtements couvrant l’ensemble du corps, mais aussi des personnes à la peau foncée, originaires d’Afrique, des Caraïbes et d’Asie du Sud qui pourraient ne pas synthétiser assez de vitamine D pendant les mois d’été ».

Pour le Dr Levy, une prise quotidienne de 10 µg ne peut pas entrainer de surdosage, qui n’intervient que pour des doses d’au moins 100 µg/jour. Il invite néanmoins à ne pas multiplier les compléments alimentaires, trop de vitamine D pouvant conduire à une hypercalcémie, une déminéralisation osseuse, une calcification des tissus mous et une atteinte rénale.

Vitamine D pour les os…difficile de trouver des preuves

Le bilan dressé par le Dr Mark J Bolland et ses collègues dans un autre article n’est pas, lui non plus, en faveur d’une supplémentation en vitamine D, qu’il s’agisse de prévenir des pathologies osseuse ou non.

« Plus de 50 méta-analyses portant sur la supplémentation en vitamine D en lien avec la prévention des chutes ou des fractures ont été publiées : certaines rapportent de petits bénéfices, d’autres pas », parfois c’est même l’effet inverse qui est décrit avec un risque accru à des doses élevées et intermittentes de vitamine D.

Quand on l’associe au calcium, la vitamine D fait mieux et prévient les fractures non vertébrales et du col du fémur dans deux essais chez des femmes âgées, fragiles et institutionnalisées, mais pas dans sept études ayant inclus des personnes âgées vivant à leur domicile, relatent les auteurs néo-zélandais.

« Quand on envisage de donner une association vitamine D + calcium, il faut mettre dans la balance les bénéfices de la prévention des fractures versus les fréquents effets indésirables de type gastro-intestinaux et les plus rares – mais plus sévères – conséquences cardiovasculaires et rénales » prévient le chercheur.

Peut-on s’attendre à y voir plus clair à l’avenir ?

Les auteurs ne sont pas très optimistes, notamment parce que « les populations inclus dans les essais en cours ont des taux de base de 25-hydrovitamine D de l’ordre de 25 à 50 nmol/L. Or s’il doit y avoir un effet bénéfique, cela ne pourra être tangible que chez des populations carencées, c’est-à-dire avec des valeurs inférieures à 25 nmol/L ».

En revanche, « les essais en cours menés avec des doses élevées quotidiennes ou intermittente vont pouvoir renseigner sur le risque accru de chutes et de fractures ».

Sources : Actualités Medscape, Stéphanie Lavaud.

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