Dans la littérature scientifique, plusieurs protocoles se sont succédé pour encadrer la prise en charge immédiate des symptômes secondaires à une entorse de la cheville. Parmi les plus célèbres, on retrouve les acronymes RICE, POLICE ou, plus récemment, PEACE & LOVE.
Il est toutefois crucial de préciser que ces approches ne s’appuient pas sur le même volume de preuves scientifiques, ni sur une rigueur méthodologique équivalente dans les études qui les ont évaluées.
Qu’est ce qu’une entorse de la cheville ?
L’entorse de la cheville est une lésion traumatique des ligaments qui stabilisent l’articulation. Elle survient lorsque le pied subit un mouvement brusque et forcé qui dépasse l’amplitude physiologique normale de l’articulation (le fameux « pied qui tourne »).

Dans 85 % des cas, l’entorse se produit en inversion : le pied bascule vers l’intérieur tandis que la cheville part vers l’extérieur. Ce mouvement étire ou déchire les ligaments situés sur la face externe de la cheville, principalement le ligament collatéral latéral (LCL). Plus rarement (environ 5 %), l’entorse se produit en éversion (vers l’extérieur), touchant alors le ligament interne (ligament deltoïde).

1. Le protocole traditionnel : GREC ou RICE
Pendant très longtemps, le protocole GREC (Glace, Repos, Élévation, Compression) — ou RICE en anglais — a constitué la recommandation de référence. Ce modèle repose sur un ensemble de techniques visant à stabiliser la lésion : une mise au repos stricte de la cheville et du pied (arrêt total de la charge liée au poids du corps), l’usage de la cryothérapie (froid) combiné à une compression de la zone douloureuse pour limiter l’hématome et l’œdème, ainsi que l’élévation du membre inférieur affecté au-dessus de l’horizontale durant les phases de repos.
Au fil du temps, une notion de Protection a été ajoutée, transformant le « RICE » en « PRICE ». Sur le plan physiologique, ce protocole visait à réduire la demande métabolique des tissus et à limiter l’apport sanguin vers la zone blessée.
L’usage de la glace induit une vasoconstriction et abaisse la température locale, ralentissant ainsi l’activité métabolique cellulaire et la formation d’épanchements (exsudats) ou d’hémorragies responsables du gonflement. Si la compression et l’élévation favorisent respectivement la limitation de l’œdème et le drainage lymphatique, l’efficacité globale de ce protocole reste scientifiquement contestée en raison de données cliniques souvent lacunaires.
2. L’ère de la rééducation active : Le protocole POLICE
Pour mieux s’adapter aux données probantes soulignant qu’une protection excessive peut aggraver les déficiences fonctionnelles sur le long terme, le protocole a évolué vers le modèle POLICE. Ce dernier se décompose ainsi :
– P (Protection) : protection de la cheville et du pied ;
– OL (Optimal Loading) : application d’une charge optimale sur la cheville et le pied (s’opposant ainsi au protocole GREC incluant une mise au repos de la cheville et du pied) ;
– I (Ice) : glaçage de la cheville et du pied ;
– C (Compression) : compression de la cheville et du pied pendant ou en dehors du glaçage ;
– E (Elevation) : élévation du membre inférieur affecté au-dessus du cœur lorsque le sujet est au repos.
La notion de charge optimale consiste à substituer le repos passif par un programme de rééducation progressif et équilibré. Une remise en charge précoce et active permet de stimuler les tissus et d’accélérer la récupération des capacités fonctionnelles.
Puisque chaque lésion est unique, il n’existe pas de posologie universelle : la stratégie de remise en charge doit être personnalisée et refléter les contraintes mécaniques réelles que subissent les tissus lors des activités quotidiennes. Dans cette phase, les attelles et orthèses jouent un rôle paradoxal mais essentiel : loin de favoriser l’immobilité, elles servent de tuteurs permettant de doser précisément cette charge optimale durant les premières étapes de la rééducation.
3. Une vision holistique : Le protocole PEACE & LOVE
Les recherches les plus récentes suggèrent d’aller encore plus loin en considérant la personne blessée dans sa globalité, de la phase aiguë jusqu’à la reprise complète d’activité. C’est ainsi qu’est né le protocole PEACE & LOVE. Basé sur des avis d’experts et des études expérimentales, il intègre les critères de POLICE pour la phase initiale (en excluant toutefois le glaçage systématique) et y ajoute des dimensions psychosociales.
Durant la phase aiguë (PEACE) :
– Protection : Éviter les mouvements aggravant la douleur les premiers jours.
– Élévation : Maintenir le membre plus haut que le cœur.
– Avoid anti-inflammatories : Éviter les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) qui pourraient perturber la cicatrisation naturelle des tissus.
– Compression : Utiliser des bandes élastiques contre le gonflement.
– Éducation : Informer le patient sur les bienfaits de la charge progressive plutôt que du repos total.
Pour les phases suivantes (LOVE) :
– Load (Charge) : Augmenter graduellement la mise en charge selon la douleur.
– Optimisme : Renforcer la confiance du patient pour « conditionner le cerveau » à la guérison.
– Vascularisation : Pratiquer des activités cardiovasculaires sans douleur pour stimuler l’irrigation sanguine et la réparation tissulaire.
– Exercice : Adopter une approche active pour restaurer la mobilité, la force et la proprioception.
Bien que le protocole PEACE & LOVE nécessite encore des études de haute qualité pour confirmer sa supériorité méthodologique par rapport aux anciens modèles, le consensus scientifique actuel penche fortement vers la remise en charge précoce.
Conclusion : Pourquoi bouger tôt est essentiel
Les données cliniques sont formelles : une analyse menée sur une cohorte de 6 150 adultes a démontré que plus la rééducation est initiée tôt après l’entorse, plus le risque de récidive diminue et plus les coûts médicaux futurs sont réduits. Les activités telles que la marche ou le port de charge, adaptées en intensité et en durée selon les symptômes ressentis, doivent être activement encouragées pour garantir une récupération fonctionnelle optimale.
– Il faut impérativement débuter la rééducation dès la première semaine suivant le traumatisme.
– Entorses bénignes (Grades I) : Privilégiez l’attelle souple (maximum 2 semaines pour un grade I). Elle est plus efficace qu’une attelle rigide pour restaurer la proprioception.
– Entorses graves (Grade III) : Une immobilisation stricte par botte peut être nécessaire, mais elle ne doit jamais dépasser 10 jours.
– Pour les grades II et III, le port d’une attelle semi-rigide (Aircast) est recommandé pendant 2 à 6 semaines selon l’évolution clinique.
– Alerte : Le strapping (bandes adhésives) est déconseillé si la cheville est instable.
Les dernières recommandation soulignent qu’aucune technique ne fonctionne vraiment si elle est utilisée seule (en monothérapie). Pour être efficaces, elles doivent être intégrées à un programme global.
Références & sources :
Les recommandations de 2025 de la Haute Autorité de Santé : Entorse du ligament collatéral latéral (ligament latéral externe) de cheville : diagnostic, rééducation et reprise de l’activité physique et de la pratique sportive. Argumentaire scientifique complet (PDF)

