En 2026, la chirurgie orthopédique connaît une transformation majeure grâce à l’intégration de la robotique et de l’intelligence artificielle (IA). Ces technologies s’imposent progressivement dans la pratique quotidienne, en particulier dans la chirurgie prothétique du genou et de la hanche, ainsi que dans la chirurgie du rachis.
L’objectif est d’améliorer la précision des gestes, de personnaliser les interventions et d’optimiser les résultats fonctionnels à long terme.
La robotique en chirurgie orthopédique : vers une précision accrue
La chirurgie robotique repose sur une planification préopératoire basée sur l’imagerie 3D, permettant d’adapter l’intervention à l’anatomie spécifique de chaque patient.
Pendant l’intervention, le robot assiste le chirurgien en guidant les instruments, en contrôlant les zones de coupe osseuse, et en limitant les écarts par rapport au plan initial. Cette précision est essentielle en orthopédie pour :
– d’atteindre l’objectif d’alignement choisi par le chirurgien, qu’il s’agisse d’un alignement mécanique, cinématique ou fonctionnel
– d’optimiser l’équilibre ligamentaire et la stabilité articulaire
– d’améliorer la précision du positionnement prothétique, contribuant à la durabilité des implants et à la réduction des complications mécaniques (instabilité, usure, descellement)
Applications principales en orthopédie
La chirurgie robotique en prothèse totale du genou permet une planification et une exécution personnalisées, avec un positionnement précis des implants et un contrôle fin des résections osseuses, ainsi qu’un équilibrage ligamentaire optimal.
Elle améliore la reproductibilité des résultats en réduisant la variabilité opérateur-dépendante et s’avère particulièrement utile dans les cas complexes, notamment en présence de déformations articulaires ou de désaxation importante.
En arthroplastie totale de hanche, la robotique permet d’optimiser le positionnement des implants, en particulier l’orientation et l’inclinaison de l’implant acétabulaire, grâce à une planification préopératoire précise. Elle contribue également à mieux contrôler la longueur du membre et l’offset, tout en améliorant la stabilité articulaire postopératoire et en réduisant le risque de complications telles que les luxations.
En chirurgie du rachis, l’assistance robotique permet d’améliorer la précision du positionnement des vis pédiculaires grâce à une planification préopératoire et un guidage peropératoire rigoureux. Elle contribue à réduire les erreurs de trajet et les perforations corticales, tout en renforçant la sécurité neurologique par une meilleure maîtrise des structures anatomiques à risque.
Intelligence artificielle : vers une chirurgie personnalisée
L’intelligence artificielle contribue à une chirurgie orthopédique plus personnalisée en améliorant la planification préopératoire, notamment par la segmentation automatique des images, la reconstruction anatomique en 3D et la simulation de différents scénarios chirurgicaux, permettant d’optimiser les choix techniques en fonction du patient.
En peropératoire, associer l’IA aux systèmes robotisés, elle permet une analyse en temps réel et une assistance au geste avec une adaptation dynamique, tout en facilitant la visualisation précise des axes et des paramètres implantaires.
Enfin, les plateformes intégrant l’IA offrent des outils d’analyse des données postopératoires, contribuant à la prédiction de certaines complications, à l’évaluation des résultats fonctionnels et à l’amélioration continue des pratiques chirurgicales.
Les leaders de la robotique et de l’IA en orthopédie
La robotique en orthopédie apparaît dans les années 1990, les premières applications cliniques largement reconnues remontent au début des années 2000, avec des systèmes comme le robot Robodoc pour l’arthroplastie de hanche, marquant une étape importante dans l’intégration de la robotique au bloc opératoire. Depuis, son développement s’est accéléré grâce aux progrès de l’imagerie, de la navigation et de l’intelligence artificielle.
Sur le plan économique, le marché mondial de la robotique orthopédique représente plusieurs milliards de dollars et est en forte croissance, porté par le vieillissement de la population et l’augmentation des indications prothétiques. Il est dominé par quelques grands acteurs développant des plateformes intégrées de robotique, de navigation et d’IA.
Stryker
Acteur majeur mondial avec la plateforme Mako System, largement utilisée en arthroplastie de hanche et de genou. Elle repose sur une planification préopératoire en 3D basée sur le scanner, associée à un contrôle haptique (ou haptic feedback) permettant de sécuriser les gestes chirurgicaux. Le système bénéficie d’une forte diffusion à l’échelle internationale.

Zimmer Biomet
Développe la plateforme ROSA System, utilisée notamment en chirurgie du genou et du rachis. Elle offre une assistance peropératoire avec analyse en temps réel, intégration des données cliniques et une orientation vers l’exploitation de l’intelligence artificielle et des données massives (big data).
Smith & Nephew
Avec les systèmes NAVIO System et CORI Surgical System, l’entreprise propose une chirurgie assistée sans recours systématique au scanner préopératoire, basée sur une cartographie peropératoire des surfaces articulaires. Cette approche permet une planification et un ajustement en temps réel, offrant une grande flexibilité d’utilisation et une adaptation dynamique au geste chirurgical.
Medtronic
Acteur majeur en chirurgie du rachis, notamment avec la plateforme Mazor Robotic Guidance System, qui combine navigation 3D et assistance robotisée pour le guidage précis des vis pédiculaires. Ces systèmes améliorent la précision du geste, la sécurité et la reproductibilité des procédures en chirurgie rachidienne.
Globus Medical
Acteur spécialisé dans la robotique du rachis, avec des systèmes intégrés associant robotique et navigation peropératoire, comme la plateforme ExcelsiusGPS. Ces technologies permettent un guidage précis des implants, notamment des vis pédiculaires, en combinant imagerie, planification et assistance robotisée. L’entreprise connaît une forte croissance, portée par l’innovation technologique et l’essor de la chirurgie rachidienne mini-invasive et guidée.
Ces entreprises développent aujourd’hui des plateformes combinant robotique et intelligence artificielle, avec une orientation vers la chirurgie personnalisée et l’analyse de données.
Limites et enjeux
Malgré les avancées de la robotique en orthopédie, plusieurs limites persistent, notamment le coût élevé des équipements et leur impact sur l’organisation des blocs opératoires, une courbe d’apprentissage parfois significative, ainsi qu’une accessibilité encore limitée dans certains centres.
Par ailleurs, le recul sur les résultats à long terme reste encore en cours d’évaluation pour certaines indications. En pratique, le succès de la prise en charge dépend avant tout d’une indication chirurgicale rigoureuse, de l’expérience du chirurgien et de la qualité de la rééducation postopératoire.
En 2026, la chirurgie robotique et l’intelligence artificielle représentent une évolution majeure en orthopédie. Elles permettent une précision accrue, une meilleure planification et une personnalisation des interventions.
Toutefois, ces technologies restent des outils d’assistance, dont l’efficacité dépend de leur intégration dans une prise en charge globale, reposant sur une indication appropriée et une approche centrée sur le patient.
Références scientifiques :
American Academy of Orthopaedic Surgeons
Société Internationale de Chirurgie Orthopédique et de Traumatologie
PubMed
National Institutes of Health
North American Spine Society

