Douleurs sacro-iliaques durant la grossesse

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Les douleurs sacro-iliaques liées à la grossesse ont retenu l’attention de nombreux auteurs, depuis Hippocrate qui, semble t-il, a été le premier à les rapporter. Des études sur modèles animaux ont permis dès le XVIIIe siècle de démontrer les modifications pelviennes présentes durant la grossesse.

Physiologie de l’articulation sacro-iliaque chez la femme enceinte

La mobilité de l’articulation sacro-iliaque semble maximale chez la femme de 25 ans. La disjonction de la symphyse apparaît radiologiquement dans la première moitié de la grossesse. Elle s’accroît pendant le troisième trimestre de la grossesse, entraînant le ramollissement et le relâchement des ligaments péripelviens, atteignant une fois à une fois et demi la normale en fin de grossesse.

Alors que la mobilité de l’articulation sacro-iliaque durant la grossesse semble acquise, son origine reste peu claire. L’hyperlaxité ligamentaire, plus prononcée chez la femme que chez l’homme de même âge, joue certainement un rôle primordial. Ce processus de relaxation semble être physiologique, mais aussi le résultat d’une activité hormonale accrue. Plusieurs substances ont été incriminées, entre autres une hormone appelée « relaxine » et des substances dérivées du métabolisme stéroïdien.

En faveur de cette thèse, il faut retenir le fait que les phénomènes d’hyperlaxité engendrés par la grossesse ne semblent pas être limités aux structures péripelviennes, puisqu’on les retrouve de façon systémique. La relaxation ligamentaire régresse en 3 à 5 mois, voire plus, après l’accouchement.

Origines des douleurs sacro-iliaques durant la grossesse

Les douleurs lombaires et pelviennes sont fréquentes durant la grossesse, touchant environ la moitié des femmes. Selon les études, elles sont plus ou moins différenciées, si bien que la prévalence des douleurs réellement imputables à la ceinture pelvienne ou à la sacro-iliaque au sens strict comme au sens large est difficile à préciser. Elles seraient de l’ordre de 25 % pendant la grossesse et de 5 % dans le post-partum.

Leur origine semble être multifactorielle. Les modifications posturales engendrant une hyperlordose et la perte de la sangle abdominale sont des facteurs favorisant les douleurs lombaires basses et sacro-iliaques durant la grossesse.

Une étude basée sur une analyse par questionnaire a retenu notamment, à l’origine des douleurs :

– l’hyperlaxité,
– les lésions ligamentaires,
– l’influence hormonale,
– la faiblesse musculaire,
– le poids de l’enfant.

Une étude prospective d’un collectif de 862 femmes enceintes a montré que les douleurs ont été en règle générale de courte durée. Toutefois, elles avaient un caractère sévère dans 9,1 % des cas (79 patientes), nécessitant un arrêt de travail. Les douleurs de la dysfonction sacro-iliaque ont persisté dans 65 % des cas de 0,5 à 12 mois après l’accouchement. Elles peuvent faire évoquer une sacro-iliite infectieuse, en sachant que des arthrites septiques peuvent rarement, mais gravement, compliquer la fin de la grossesse ou le post-partum. Au cours des accouchements difficiles, des douleurs aiguës de l’articulation sacro-iliaque peuvent être observées.

Prise en charge des douleurs sacro-iliaques durant la grossesse

La dysfonction de l’articulation sacro-iliaque est importante à connaître, car elle ne se traite pas de la même manière que les douleurs lombaires basses. La thérapie tient compte non seulement de la rééducation posturale générale, combattant l’hyperlordose, mais également d’un syndrome du muscle piriforme éventuellement associé.

Une rééducation et des mesures d’hygiène posturale en début de grossesse permettent de réduire de façon statistiquement significative l’apparition de telles douleurs durant la grossesse, douleurs dont la prévalence augmente avec l’âge et le nombre de grossesses.

Des mobilisations douces de l’articulation sacro-iliaque ainsi que le port d’une ceinture de contention de la sacro-iliaque pour stabiliser le bassin semblent être bénéfiques dans certains cas.

Référence : Bard H. Pathologie non infectieuse et non inflammatoire des articulations sacro-iliaques.

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