Le traitement conservateur et fonctionnel est, sauf cas particulier (sujet jeune, rupture traumatique étendue sur coiffe préalablement saine), le traitement de première intention des ruptures transfixiantes de la coiffe des rotateurs.

Il n’a, bien sûr, aucune action sur la cicatrisation tendineuse, et en conséquence la lésion tendineuse va suivre l’évolution naturelle. L’objectif principal du traitement médical est le contrôle des douleurs par toutes les armes thérapeutiques à disposition (médicaments, physiothérapie, infiltrations sans ou avec contrôle scopique et échographique, etc.).

Dans un deuxième temps, la rééducation aura pour objectif de récupérer toutes les amplitudes passives puis de restaurer une fonction satisfaisante en développant des compensations.

Le traitement médical peut contrôler les douleurs et permettre de conserver des amplitudes passives normales et symétriques. Il ne peut rien contre la perte de force, qui va inexorablement s’aggraver avec les années.

Même la réparation chirurgicale avec toutes les contraintes qui sont les siennes, surtout dans la période postopératoire, ne peut pas récupérer les choses sur le plan fonctionnel si l’indication est trop tardive. En effet, Goutallier écrivait en 1994 : « Après une réparation de coiffe, même satisfaisante, l’état musculaire ne s’améliore pas. Une infiltration graisseuse (IG) de stade 2 ou supérieur est responsable d’une perte de fonction permanente du muscle et augmente le taux de rerupture. »

La problématique du traitement médical et sa difficulté est d’être efficace en termes de douleur et de fonction, mais aussi de ne pas pénaliser l’avenir fonctionnel de l’épaule en ne laissant pas passer le bon moment d’une réparation chirurgicale si celle-ci est nécessaire.

Les questions posées par les patients avec qui l’on aborde le problème du traitement d’une rupture de la coiffe des rotateurs sont souvent judicieuses et pertinentes.

Comment va évoluer ma rupture de coiffe, si elle n’est pas réparée ?

Avec le traitement médical, les lésions tendinomusculaires se dégradent à mesure que les années passent (c’est l’évolution naturelle), mais l’évolution de la gêne ou en tous les cas des symptômes ressentis n’est pas forcément parallèle, puisqu’il est tout à fait possible de continuer à jouer au tennis avec une rupture de coiffe : tout dépend des possibilités d’adaptation du patient, de sa capacité à cohabiter avec sa rupture de coiffe.

Serai-je forcément obligé de me faire opérer un jour ?

La réponse est a priori non en ce qui concerne une réparation, mais dépend bien évidemment de l’âge auquel le diagnostic est fait, de l’importance des lésions et, encore une fois, si l’optique du traitement médical est prise, des capacités d’adaptation du patient.

En cas d’échec du traitement médical et de coiffe non réparable dans de bonnes conditions, la chirurgie sera alors uniquement palliative.

Est-il « dangereux » d’attendre ?

La réponse est non, à condition que le traitement médical permette de contrôler correctement les douleurs et de maintenir les amplitudes. Il faut un suivi clinique systématique une à deux fois par an et, en cas d’aggravation et d’échappement au traitement médical, il est nécessaire de réévaluer l’état tendinomusculaire de la coiffe et de le comparer au bilan initial.

Qu’est-ce qui peut aggraver ma rupture de coiffe ?

Le temps et les années qui passent, cela est inéluctable et incontournable. Surtout le non-respect des règles d’économie articulaire (utilisation des bras en dessous du niveau des épales, coude au corps ou le long du corps, non-utilisation des bras au-dessus des épaules de manière prolongée et répétitive) et bien sûr les traumatismes pouvant survenir au cours des années suivant la rupture de coiffe.

J’ai une rupture de coiffe qui ne me gêne absolument pas et je ne sais pas ce que je dois faire (réparation chirurgicale ou traitement médical)…

La chirurgie préventive en matière de pathologie de la coiffe n’est pas souhaitable ni fréquente. Un travail récent de Keener a étudié une population de 196 ruptures de coiffe asymptomatiques comparativement à une population d’épaules normales et à des épaules symptomatiques avec rupture de coiffe. Les scores fonctionnels sont meilleurs lorsque les épaules sont asymptomatiques plutôt que si elles sont symptomatiques. Une épaule asymptomatique risque de devenir symptomatique lorsque la rupture de coiffe concerne le côté dominant ou lorsque l’on constate une gêne fonctionnelle débutante lors de la surveillance clinique qui est conseillée.

En conséquence, une rupture transfixiante de la coiffe qui est asymptomatique grâce au traitement médical doit être surveillée cliniquement afin de s’assurer de l’absence de dégradation pour ne pas laisser passer le moment où une chirurgie réparatrice peut être réalisée.

Références : la revue Ruptures De la Coiffe des Rotateurs.

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