La pubalgie du sportif : causes, symptômes et traitement

1
9281

La pubalgie est un syndrome douloureux de la région inguinale et pubienne. Elle survient dans les sports de contact impliquant des accélérations et décélérations et des changements de direction soudain.

Il s’agit d’une des rares pathologies rencontrées exclusivement chez les sportifs, les footballeurs en très grande majorité, mais aussi les hockeyeurs, les rugbymen et pratiquants d’autres sports collectifs, les coureurs à pied, les danseurs, etc.

Les lésions peuvent intéresser les muscles adducteurs, les muscles larges, les grands droits de l’abdomen ou encore l’orifice inguinal. Il est classique de différencier trois formes diversement associées :

• La tendinite des adducteurs de la cuisse ;
• L’ostéo-arthropathie pubienne qui est une arthrite du pubis ;
• La pathologie de la paroie abdominale (sangle abdominale ou abdominaux), on parle alors de pubalgie parieto-abdominale.

Causes de la pubalgie

La pathogénie de cette affection n’est pas encore très claire. On retrouve à l’origine de ce syndrome :

• soit un traumatisme aigu entraînant d’emblée des lésions ;
• soit des microtraumatismes répétés qui entretiennent une lésion ;
• un déséquilibre mécanique musculaire entre, d’une part, les adducteurs trop puissants et, d’autre part, les muscles larges de l’abdomen insuffisants ;
• muscles ischiojambiers courts avec hyperlordose et antéversion du bassin jouerait un rôle favorisant en sollicitant exagérément la symphyse pubienne.

La meilleure connaissance de ce syndrome, l’amélioration des conditions d’entraînement et la rééducation ont permis de diminuer l’incidence des pubalgies.

Comment se manifeste la pubalgie ? 

Les symptômes peuvent varier de l’inconfort à une douleur quotidienne qui impose alors l’arrêt de toute activité sportive.

Le début de la douleur est le plus souvent progressif, mais peut aussi s’installer brutalement lors d’un shoot ou d’un mouvement brutal d’abduction forcée. Elle se reproduit volontiers lors de la course, aux changements de direction ou lors de la frappe de la balle, à froid en début d’entraînement ou en fin de match, sur des muscles fatigués. Au fur et à mesure de l’évolution, le sportif va essayer de compenser, par l’évitement des mouvements déclencheurs, mais rapidement la poursuite du sport devient impossible, à l’entraînement et plus encore en compétition.

• Le siège pubien évoque une ostéoarthropathie symphysaire, la douleur est d’apparition progressive à l’effort.
• Une douleur sus pubienne, évoque une forme pariétoabdominale.
• Une topographie sous pubienne à la partie interne de la cuisse témoigne le plus souvent d’une tendinite des adducteurs, forme la plus fréquente.

Quels examens pour étayer le diagnostic ?

Au terme d’un examen clinique minutieux, le médecin est le plus souvent en mesure de classer les lésions, parfois associées : arthropathie pubienne, pathologie de la paroi abdominale, insersite des adducteurs ou des droits. Les syndromes apparentés hernie inguinale vraie (rare), névralgies régionales notamment, sont également identifiés.

Des examens complémentaires sont cependant nécessaires pour faire une évaluation complète des lésions, préciser les indications thérapeutiques :

Les radiographies standard : On peut observer des érosions et des remaniements sclérogéodiques au niveau de la symphyse pubienne. Des clichés dynamiques en appui monopodal, à la recherche d’un décalage des berges pubiennes.

L’échographie : Elle est souvent réalisée en première intention. Elle permet le diagnostic de tendinose devant un aspect hypoéchogène du tendon.

L’IRM symphysaire : C’est l’examen d’imagerie de référence. C’est la seule technique capable de réaliser un bilan lésionnel complet avec une étude simultanée des os, fibrocartilages, insertions tendineuses et musculaires sur le pubis.

Comment soigner la pubalgie ? 

Le traitement médical de la pubalgie est étroitement lié à la prévention de cette pathologie complexe. Il doit notamment tenir compte du type de sport, du niveau de pratique, et des objectifs sportifs.

Il faut prévenir l’apparition de la pubalgie, en particulier chez le footballeur et le coureur, en équilibrant le corps.

1. Tout sportif en début de saison doit réaliser un bilan orthopédique complet pour le dépistage des facteurs associés déjà vu (morphotype, examen rachidien, raideurs musculotendineuses).

2. Les chaussures doivent faire l’objet d’une attention particulière : type de semelle, emplacement des crampons et surtout leur longueur en fonction du terrain. Si une jambe est plus courte que l’autre, on portera une semelle orthopédique.

3. Une véritable rééducation préventive fondée sur le renforcement des muscles larges de l’abdomen et des exercices prolongés d’assouplissement comportant des étirements des adducteurs et des ischiojambiers.

4. Il faudra essayer le plus possible de lutter contre l’hyper-lordose lombaire (colonne lombaire trop cambrée) par des séances de natation sur le dos, abdominaux contractés le plus souvent, et en musclant les gouttières vertébrales (muscles situés de part et d’autre de la colonne vertébrale). Les footings se feront toujours hors des routes goudronnées, sur des terrains souples (stades) pour éviter les micro-ondes de chocs sur la symphise pubienne.

5. Concernant plus spécialement l’entraînement en football on veillera tout particulièrement à doser l’intensité des efforts fournis, ce qui reste toujours très délicat. Bien souvent les syndromes pubalgiques apparaissent chez des sujets jeunes ayant augmenté brutalement leur quantité d’entraînement.

6. Diététique : apports glucidiques et hydriques adaptés, notamment les apports en sucres lents pour restaurer le taux de glycogène. Le taux de glycogène diminue nettement en fin de deuxième mi-temps. La déshydratation peut être de 2 à 3 kg par match ; il convient de pallier celle-ci sous peine de voir apparaître des désordres au niveau des jonctions tendinomusculaires.

Traitement médical

Le traitement associe un repos strict, des médicaments et une rééducation adaptée et indolore. Le repos doit être complet jusqu’à la sédation totale des douleurs et suivi d’une reprise d’activités physiques ne déclenchant pas de douleurs.

Les médicaments associent anti-inflammatoires et antalgiques, voire, pour certaines formes hyperalgiques, des corticoïdes par voie générale.

Les infiltrations sont déconseillées par de nombreux auteurs en raison des risques de rupture tendineuse.

La rééducation doit être envisagée après un repos strict. Elle comporte six phases :

• la première étape associe une physiothérapie, des massages à la glace, des étire ments passifs en règle sur les ischiojambiers, les adducteurs et les rotateurs externes de hanche, et enfin un ajustement lombopelvien ;
• la deuxième étape est le travail des abdominaux, assis, jambes fléchies sur un tabouret ;
• la troisième étape est un travail sur les adducteurs en isométrique ou en excentrique sans jamais utiliser le travail concentrique ;
• la quatrième étape comporte une reprise de la course sur tapis en salle ;
• la cinquième étape est un travail actif en torsion sur les abdominaux ;
• la sixième étape est un retour à l’entraînement qui doit être progressif, après échauffement et étirements personnalisés en fonction de chaque type de pubalgie.
Les rééducateurs insistent sur la forme de pubalgie car les types ostéo-tendinomusculaires ont une réponse plus favorable à la rééducation que les formes pariétales pures.

En cas d’échec du traitement médical, le recours à la chirurgie est envisagé.

Traitement chirurgical

La pubalgie apparaît, pour beaucoup, comme un déséquilibre mécanique au niveau musculaire qui peut être corrigé chirurgicalement de deux façons :

• soit par une détente des muscles adducteurs, ceux-ci étant considérés comme trop forts : Elle peut être réalisée par une ténotomie percutanée du moyen adducteur.
• soit par une mise en tension des muscles larges de l’abdomen : Le principe de l’intervention repose sur le rééquilibrage de la symphyse pubienne par la mise en tension des muscles larges de l’abdomen (intervention de Nesovic).

Références :  Actualités rhumatologiques du sportif – Pathologie du complexe pelvi-fémoral du sportif

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE