ALGER- Longtemps contesté, le projet de loi sur la santé sera présenté en juillet devant les membres du gouvernement, a annoncé jeudi à Alger le ministre de la Santé, de la population et de la réforme hospitalière, Abdelmalek Boudiaf.

Il a indiqué que le nouveau projet de loi sur la santé sera soumis au gouvernement en juillet, avant sa présentation devant les deux chambres du parlement. Ce projet de loi devra remplacer l’actuelle loi qui remonte à 1985 et qui n’est plus adaptée aux mutations socio-économiques et culturelles de la société algérienne.

Un projet de loi qui suscite la colère des syndicats

La refonte du système de santé était à la base une revendication des médecins et des professionnels du secteur. Un cri d’urgence qui a tardé pour résonner dans les bureaux des nombreux ministres, qui se sont succédé à la tête de ce département.

Aujourd’hui, le projet de loi est sur la table mais ne fait pas l’unanimité des différents acteurs de la santé. Le Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP), estime quant à lui, que la tutelle n’a pas pris en compte leur recommandations avant de procéder à l’élaboration du document. D’autre part, le président de l’Ordre national des pharmaciens, a souligné, que la nouvelle loi sanitaire a « trahi » les Assises de la santé, en dénonçant le fait que son institution ne soit tenue informée de la mouture du projet, encore moins, prendre en compte ses propositions.

Les médecins résidents se mobilisent contre la nouvelle loi

Ce qui mobilise encore les médecins résidents, c’est plus particulièrement une disposition les concernant directement, à savoir le service civil pour une durée de 3 années au minimum partout sur le territoire algérien même dans les zones les plus difficiles.

Sur ce point, les blouses blanches rejettent l’introduction de l’obligation du service civil à trois ans, sans respect des zones géographiques, ni de la situation familiale du médecin. Certains y voient même une mesure anti-constitutionnelle et une façon de «disloquer la famille», d’autant qu’il est difficile pour les couples de gérer cette période.

À Oran, Tlemcen, et Sidi Bel Abbès les médecins résidents ont déjà entamé une grève cyclique dans les établissements de santé pour dénoncer les nouvelles mesures et les conditions dans lesquelles exercent les spécialistes durant cette période. Parachutés à des centaines de kilomètres sans logement de fonction, sans plateau technique, sans mesures incitatives dignes de leurs sacrifices.

Le projet de la loi relative à la santé fixe la durée d’exercice du service civil des praticiens médicaux à 3 ans minimum sans les astreindre aux zones, comme le stipule l’article 18 de la loi relative au service civil de l’année 1984.

Les postes budgétaires sont “ouverts dans les établissements publics qui procèdent à leur recrutement conformément à la réglementation en vigueur. Les praticiens médicaux sont astreints à une durée d’exercice de 3 ans avant de présenter toute demande de démission ou mutation”, selon le même article inscrit dans le chapitre V sur les dispositions relatives au recrutement des praticiens spécialistes.

Il est à rappeler qu’un mouvement de protestation national s’est déclenché en 2010 sous le nom “Collectif Autonome des Médecins résidents Algériens” CAMRA, avec lequel les résidents ont mené une longue grève nationale de 4 mois pour faire aboutir leurs revendications pédagogiques, et socioprofessionnelles dont la principale demande d’abroger le service civil obligatoire.

Le syndicat national des médecins résidents récemment crée a également soulevé la question du service civil au siège du ministère, comme partenaire social, en présentant un recueil de propositions et de réserves sur le contenu de l’avant projet de loi, mais sans suites favorables.

De la condition du médecin résident et du service civil pour le praticien spécialiste 
(Un passage d’un article de Dr Nazim Sifi sur le journal El Watan)

 
Tous les corps de métiers étaient assujettis au service civil entre 1984 et 1989 afin de répondre à une exigence de développement global des régions enclavées. Il fut ensuite abrogé puis réinstauré exclusivement pour les médecins spécialistes en 1999 et prévoit l’affectation de ces derniers fraîchement diplômés dans les régions reculées du pays pour une durée, variant selon les zones, d’une à quatre années.
 
Après plus d’une décennie d’existence, nous pouvons juger objectivement de la capacité de ce système obligatoire à répondre efficacement aux besoins sanitaires de ces régions, en affirmant que le bilan est plus que décevant aussi bien sur le plan de la prise en charge des malades que celle de la condition du praticien qui ne songe qu’à «faire son temps».

La responsabilité d’assurer l’équité et la continuité des soins à tous les citoyens est un droit et une exigence constitutionnels que les pouvoirs publics doivent matérialiser par les différents moyens et voies d’une politique de santé performante dont le médecin spécialiste ne saurait être la victime consentante.

Elle doit s’appuyer sur une réflexion d’ensemble et s’accompagner de réformes socioéconomiques et structurelles de ces régions désavantagées qui souffrent de tout et non pas seulement de la difficulté à accéder aux soins. De toutes les professions, au nom de quel sacrifice exclusif, seuls les médecins spécialistes auraient à abandonner leur famille, conjoint et enfants, pour prendre en charge la défaillance d’une politique de développement qui échoue depuis des années à désenclaver des régions entières du pays et voit ses habitants obligés, en dépit du service civil, à recourir au Nord et à ses centres hospitaliers pour se faire soigner ?

Les praticiens spécialistes sont-ils condamnés à accepter sans mot dire que l’on se serve d’eux comme boucs émissaires face à des dispositions qui se fourvoient dans des aberrations budgétaires en ayant recours à des praticiens étrangers rémunérés entre 2000 et 3000 euros mensuels pour des prestations plus que discutables, alors que le salaire du médecin spécialiste algérien est le plus bas du Maghreb.

Par quelle logique simpliste oppose-t-on l’astreinte et la sujétion à une problématique des besoins sanitaires aux enjeux économiques et sociaux plus globaux, auxquels devraient être apportées des réponses autrement plus pragmatiques et responsables qu’un replâtrage approximatif réalisé à coups de «loi-sanction» exilant pour un temps un spécialiste souvent démuni, mal rémunéré, mal logé, sans plateau technique idoine et ne pouvant garantir une prise en charge multi disciplinaire de ses patients ?

N’a-t-on pas vu des cardiologues sans appareil d’échographie, des neurochirurgiens sans bloc, des réanimateurs reconvertis dans la médecine générale, des orthopédistes mus en plâtriers, des radiologues sans scanner et tant d’autres incongruités instituant une réalité du «perdant-perdant» où à la gabegie financière s’ajoute le calvaire des malades et la désespérance des médecins spécialistes.

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