La scoliose est une déformation de la colonne vertébrale qui apparaît le plus souvent à l’adolescence et touche majoritairement les filles. Non douloureuse, elle peut être traitée dans la très grande majorité des cas par une hygiène de vie saine parfois associée au port d’un corset de maintien jusqu’à la fin de la croissance.

Ceci évitera qu’elle n’évolue de façon péjorative et permettra au jeune de vivre une vie normale à l’âge adulte. Plus rarement, une intervention chirurgicale est nécessaire.

Qu’est-ce qu’une scoliose ?

La scoliose est une déformation de la colonne vertébrale (ou rachis) dans chacun des trois plans de l’espace : vers la droite ou la gauche (plan frontal) et vers l’avant ou l’arrière (plan sagittal) mais également avec un mouvement associé de rotation des vertèbres sur elles mêmes (plan transversal).

Elle est volontiers évolutive chez les enfants et les adolescents et peut être plus ou moins prononcée selon les patients. Son signe clinique essentiel est la « gibbosité », c’est-à-dire une bosse à côté des vertèbres du haut de la colonne vertébrale (on parle alors de « scoliose thoracique ») ou du bas (« scoliose lombaire »).

Son intensité s’évalue à l’aide de calculs géométriques simples permettant de mesurer la courbure du rachis en degrés (on parle par exemple de scoliose thoracique de 30°).

La scoliose ne doit pas être confondue avec une attitude scoliotique. Cette dernière, à l’inverse de la scoliose n’est pas une maladie. Elle se caractérise par une déviation du rachis dans un plan de l’espace seulement (plan frontal).

Dans 95% des cas, ce n’est pas une maladie mais plus souvent la conséquence d’une « hypotonie » ou parfois d’une jambe plus courte que l’autre. (Pour compenser cette différence qui déséquilibre son bassin et rester droit, le patient a tendance à incliner sa colonne vertébrale. D’où sa déformation).

Quelles en sont ses causes ?

Il existe plusieurs sortes de scolioses.

La plus fréquente (80% des cas) est la scoliose « idiopathique » dont l’origine n’est pas encore clairement établie. Les travaux les plus récents semblent toutefois confirmer qu’elle se situe dans l’épiphyse, une glande située dans le cerveau. Celle-ci secrète un neuromédiateur dont la chaîne génétique n’est à ce jour pas totalement décryptée.

Son mauvais fonctionnement lors de la période de croissance serait le facteur de déclenchement de la scoliose. Même si la scoliose idiopathique peut survenir avant 10 ans ou à l’âge adulte, elle apparaît dans la majorité des cas à la puberté et touche principalement les filles (85% des cas). Preuve de son origine génétique, la fille d’une mère scoliotique a de fortes probabilités d’être aussi touchée.

En revanche, il n’existe pas de corrélation en termes de gravité : ce n’est pas parce que la mère a souffert d’une scoliose très sévère, que sa fille en aura une de la même intensité.

10% des scolioses sont d’origine neurologique. Elles sont provoquées par la paralysie engendrée par des problèmes neurologiques au niveau du cerveau, de la moelle épinière ou des maladies neuromusculaires telles que les myopathies de certains muscles attachés à la colonne vertébrale.

5% des scolioses sont congénitales (présentes dès la naissance). Elles sont dues à une fabrication imparfaite des vertèbres qui se développent enforme de petits parallélépipèdes asymétriques et non de triangles comme c’est le cas normalement. A l’occasion du bain, par exemple, les mamans décèlent rapidement la scoliose de leur bébé qui présente un dos asymétrique et une gibbosité.

Enfin les 5% restantes sont dues à des causes diverses et rares.

Pourquoi la scoliose idiopathique survient-elle le plus souvent à la puberté ?

La croissance osseuse n’est pas uniforme. Les pieds, par exemple, s’arrêtent de grandir vers l’âge de 13 ans, et les jambes, vers 15 ans. La colonne vertébrale, elle, continue à croître jusque vers 18 ans. Lors de la puberté, elle va pousser de 6 à 8 cm par an durant deux ans. La scoliose, qui ne pouvait pas être détectée auparavant, se révèle alors pleinement.

La scoliose est-elle douloureuse ?

Non. Jean de Florette ou Quasimodo qui escalade les tours de Notre-Dame-de-Paris le prouvent ! Et si un jeune scoliotique se plaint de son dos, ce n’est pas en raison de sa scoliose. En revanche au-delà des valeurs seuil de 45° thoracique ou 35° lombaire la scoliose va continuer à s’aggraver et surtout se rigidifier (« structuraliser »).

Les douleurs surviendront vers la quarantaine à un âge où le seul traitement possible est une intervention chirurgicale très lourde. C’est cette évolution péjorative grave que l’on cherche à éviter durant la période de croissance quand tout est encore possible.

Reste que si l’adolescent – et plus souvent l’adolescente – ne souffre pas physiquement, la scoliose peut-être mal vécue sur le plan psychologique à un âge où il (elle) est très attentif(-ve) à l’image de son corps.

La scoliose de l’enfant et de l’adolescent se soigne-t-elle ?

Oui ! Si elles sont traitées à temps, 90% des scolioses évoluent favorablement sans qu’il y n’ait besoin d’opération chirurgicale. Et la très grande majorité des scoliotiques devenus adultes vivent une vie tout à fait normale sous réserve d’un minimum d’hygiène de vie. Reste qu’aujourd’hui, malgré de nombreuses recherches toujours en cours, les médecins ne sont toujours pas parvenus à traiter la cause de la scoliose. Leurs traitements sont donc toujours pour l’instant palliatifs.

En quoi consiste le traitement ?

C’est l’orthopédiste qui, en fonction de l’âge du patient et de l’importance de la scoliose, décidera de la stratégie thérapeutique la mieux adaptée. Toute scoliose ne justifie pas forcément un traitement, si elle est modérée et fait la preuve de sa stabilité au fil des examens de contrôle.

Dans plus de la moitié des cas, il décidera de la pose d’un corset. Ce dernier sert à maintenir la colonne vertébrale pour réduire le risque d’aggravation des courbures pathologiques. C’est aujourd’hui le seul traitement qui ait objectivement fait la preuve de son efficacité sur des scolioses avérées, à l’inverse de la kinésithérapie, de l’ostéopathie ou des semelles orthopédiques. La kinésithérapie garde sa place toutefois en complément lorsqu’un corset est posé.

Le corset est fabriqué sur mesure par un orthoprothésiste à l’aide d’un moulage.

Des chercheurs américains ont placé sur la coque des corsets des puces thermosensibles afin de savoir combien d’heures les adolescents portaient leur corset. Ils se sont ainsi aperçus que passés deux ans, les enfants porteurs de corsets permanents délaissaient leur appareillage.

C’est pourquoi les orthopédistes tablent autant que possible sur un traitement à temps partiel, afin de pouvoir prolonger une correction qui sera mieux acceptée dans le temps parce que le jeune n’a pas achevé sa croissance, il change de corset une fois par an en moyenne.

Pour la même raison, l’orthopédiste revoit son patient deux fois par an afin d’évaluer l’évolution de la scoliose. Une radiographie est alors réalisée. De plus en plus, on utilise de nouveaux moyens d’imagerie dits « microdosés » (issus des recherches du Prix Nobel de physique Georges Charpak), qui irradient entre 10 et 50 fois moins qu’un appareil classique.

Combien de temps le patient devra-t-il porter son corset ?

Théoriquement, le jeune doit porter son appareillage jusqu’à la fin de sa croissance (16 ou 17 ans) et, selon les cas, 24h/24 ou seulement la nuit. Reste que l’observance du corset est difficile à obtenir chez l’adolescent. Si la scoliose n’est pas trop sévère, l’orthopédiste va donc le plus souvent négocier avec lui, en lui demandant, par exemple, de porter son corset quand il rentre du collège ou du lycée jusqu’au lendemain matin.

Un point est très important. L’existence d’une scoliose et le port d’un corset ne constituent en aucun cas une contre-indication à un sport quel qu’il soit. De la même manière le port de charges, notamment un cartable trop lourd, n’aura pas d’influence sur l’évolution d’une scoliose.

Quels sont les résultats du port d’un corset ?

Pour une scoliose thoracique, l’objectif est d’arriver en fin de croissance à une courbure de moins de 45°, un seuil qui permettra à l’adulte d’avoir une vie sociale et sportive normale. Pour une scoliose lombaire, l’orthopédiste cherche à stabiliser la courbure en dessous de 35°. Si ces angles sont atteints– ce qui est le cas le plus souvent – les risques sont faibles de voir la scoliose se décompenser dans le futur. Si ce n’est pas le cas (- de 10% des patients), une opération chirurgicale est alors conseillée.

En quoi consiste l’intervention chirurgicale ?

L’objectif de l’intervention est de stopper le processus d’aggravation de la scoliose, et éventuellement de redresser la colonne vertébrale à des valeurs normales pour lui redonner un bon équilibre. Chez un adolescent, le chirurgien bloque définitivement les vertèbres concernées par des tiges, des vis, ces crochets et autres instrumentations en titane.

Une greffe osseuse est pratiquée afin de solidifier le tout. L’opération, qui s’est banalisée ces dernières années, dure 2h30 environ (contre 6 h il y a une vingtaine d’années) sous anesthésie générale. Il est impératif de choisir un centre spécialisé dans la chirurgie du rachis.

L’intervention réclame en effet un savoir-faire spécifique, une équipe entraînée et un plateau technique particulier, notamment un monitorage de la moelle épinière assuré à l’aide d’un équipement de surveillance neurophysiologique ad hoc.

Quelles sont les suites opératoires ?

Elle nécessite une hospitalisation de 5 à 7 jours et une convalescence à la maison d’un mois avec des séances de kinésithérapie en appoint. Au bout d’un mois, le jeune peut faire du vélo, se baigner ou courir mas il devra attendre six mois pour pratiquer des sports plus violents (football, ski…). Il est préférable de programmer l’intervention avant 20 ans et, en raison de la convalescence, avant que le jeune n’entame des études supérieures ou sa vie professionnelle.

Quels sont les résultats de l’intervention ?

Une fois opéré, le patient vit très bien avec le matériel fixé à ses vertèbres dont il oublie la présence. Il peut pratiquer ses activités sportives préférées. Une étude française récente menée auprès de 300 patients opérés a démontré le succès de ces opérations. Le taux de reprise (ré-intervention) est de seulement 4% à 6% après 20 ans.

Cet article a été rédigé avec le concours du Professeur Jean-Luc Jouve, chef de service d’orthopédie pédiatrique à l’hôpital de la Timone (Marseille).

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